Swiss Government Cloud : un an après son lancement, où en est le projet à 319 millions de francs
14/10/26
11 min
Swiss Government Cloud : un an après son lancement, où en est le projet à 319 millions de francs
14/10/26
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Table des matières
Lancé officiellement en 2025, le Swiss Government Cloud (SGC) devait poser les fondations d’une nouvelle infrastructure cloud pour l’administration fédérale suisse, avec un budget total de 319,4 millions de francs et un horizon fixé à 2032. Un an plus tard, le programme est bien engagé, mais il traverse aussi sa première zone de turbulence : un audit critique du Contrôle fédéral des finances, des appels d’offres repoussés à plusieurs reprises, et des tensions grandissantes autour de la souveraineté numérique dans un contexte géopolitique de plus en plus incertain.
Que s’est-il réellement passé depuis le lancement du programme ? Quels sont les points de vigilance identifiés par les autorités de contrôle ? Et qu’est-ce que cela signifie pour les unités administratives fédérales, les cantons et les communes qui s’y intéressent ? Décryptage complet.
Pourquoi le Swiss Government Cloud a été lancé ?
Le point de départ du programme reste inchangé : Atlantica, l’infrastructure cloud actuelle de la Confédération, est désormais considérée comme technologiquement obsolète. Elle ne répond plus aux exigences croissantes de performance, de flexibilité et de sécurité imposées par la transformation numérique de l’État.
Le Conseil fédéral avait posé les premières bases en adoptant, le 11 décembre 2020, une stratégie d’informatique en nuage prévoyant un modèle hybride combinant services internes et offres de fournisseurs externes. Une première étape avait été franchie en 2022 avec l’acquisition de services cloud publics auprès de cinq grands fournisseurs (Alibaba, Amazon Web Services, IBM, Microsoft et Oracle) dans le cadre des accords-cadres « Public Clouds Bund ». Le crédit d’engagement de 246,9 millions de francs pour le Swiss Government Cloud a ensuite été approuvé par le Parlement en décembre 2024, avec une précision importante apportée par le Conseil des États et reprise par le Conseil national : les cantons et communes pourront accéder au SGC à des prix couvrant les coûts, mais le texte ne leur garantit plus un accès de principe.
Le calendrier initial et ce qu’il en est réellement
Le calendrier officiel prévoyait une montée en puissance progressive sur sept ans. Dans les faits, la première année du programme a surtout été marquée par des travaux préparatoires et des retards dans les procédures d’acquisition.
- 2025 : lancement officiel du programme et démarrage des travaux de conception. Le projet d’appel d’offres central du Swiss Government Cloud, portant sur l’achat des prestations de nuage privé et de nuage public, a toutefois été reporté à plusieurs reprises.
- Septembre 2025 : la Chancellerie fédérale prolonge de cinq ans, jusqu’à 2031, les accords-cadres « Public Clouds Bund » conclus avec les cinq fournisseurs internationaux retenus en 2021. Dans les faits, seuls Microsoft et Amazon disposent actuellement de projets actifs sous ces accords, notamment le registre du don d’organes de l’Office fédéral de la santé publique et plusieurs applications douanières.
- Décembre 2025 : le Contrôle Fédéral des Finances publie son premier audit du programme, avec des constats qui appellent à la vigilance.
- Janvier-février 2026 : selon le rapport du CDF, l’appel d’offres spécifique au SGC devait enfin être lancé le 1er février 2026, après plusieurs reports successifs.
- Avril 2026 : l’OFIT lance séparément un appel d’offres intitulé « Professional Services Public Cloud », portant sur des prestations de conseil et de support technique pour un montant plafonné à 130 millions de francs, répartis en huit lots. Ces prestations doivent notamment accompagner la transition vers le SGC et les migrations d’applications métier à venir. L’appel d’offres portant spécifiquement sur les prestations cloud du Swiss Government Cloud lui-même doit intervenir à une date ultérieure.
- Horizon 2032 : l’échéance finale du programme reste fixée, mais elle dépend désormais directement du calendrier effectif des marchés publics à venir.
Ce décalage entre le calendrier annoncé en 2024 et la réalité opérationnelle de 2026 n’est pas anodin : il illustre la complexité d’un programme qui doit conjuguer procédures d’acquisition publique, exigences de souveraineté et disponibilité des compétences internes.
Une architecture en trois niveaux : souplesse et souveraineté
La logique d’architecture du Swiss Government Cloud, elle, n’a pas changé. Le projet repose sur un modèle à trois niveaux permettant d’adapter les services aux besoins spécifiques de chaque unité administrative.
Niveau I : le nuage public
Le premier niveau donne accès à un large éventail de fonctionnalités proposées par des fournisseurs cloud établis à l’échelle internationale, avec une grande flexibilité et un accès à des solutions innovantes. Les fournisseurs retenus doivent répondre à des exigences juridiques et techniques spécifiques.
Niveau II : le nuage public en Suisse
Le deuxième niveau impose que les données soient traitées et stockées sur le territoire suisse, pour répondre aux exigences accrues de souveraineté, tout en conservant l’accès à des services cloud innovants.
Niveau III : le nuage privé de la Confédération
Le troisième niveau est le plus contrôlé : les données sont hébergées et traitées exclusivement dans les centres de calcul de la Confédération. C’est précisément sur ce niveau que se concentrent aujourd’hui les débats les plus vifs.
Ce que révèle le premier audit du Contrôle fédéral des finances
En décembre 2025, le Contrôle Fédéral des Finances (CDF) a publié les résultats de son premier audit du programme SGC, centré sur le business case. Les constats, sans remettre en cause le principe du programme, pointent plusieurs zones de risque que les responsables du projet doivent désormais traiter en priorité.
Premier constat : l’attractivité économique du SGC pour l’ensemble de la Confédération n’a pas encore été démontrée. Le calcul de rentabilité global n’est prévu que pour 2026, une fois les offres des différents fournisseurs reçues pour les différents niveaux de cloud. En clair, à ce stade, personne ne peut encore chiffrer précisément les gains économiques attendus du programme à l’échelle de l’administration fédérale.
Deuxième constat : les risques de retard, dans les procédures d’acquisition publique comme dans la migration vers la nouvelle plateforme, doivent être gérés avec une grande rigueur. Le CDF note que le programme s’en préoccupe activement, mais souligne qu’il s’agit d’un point de vigilance constant compte tenu du calendrier déjà sous tension.
Troisième constat, plus structurel : le CDF observe que les exigences actuelles ne prennent pas explicitement en compte les risques liés à la continuité des services cloud, dans un contexte géopolitique où ces risques ont pourtant nettement augmenté. Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête.
Cinq chantiers toujours au cœur du programme
Au-delà de l’infrastructure elle-même, le Swiss Government Cloud continue de s’appuyer sur cinq domaines d’action structurants, dont l’avancement reste étroitement lié au calendrier des marchés publics.
- La mise en place de l’infrastructure hybride multi-cloud, cœur du projet, dont le déploiement dépend désormais du lancement effectif des appels d’offres spécifiques au SGC.
- L’extension de l’infrastructure réseau, indispensable pour répondre aux exigences accrues de bande passante, d’automatisation et de sécurité.
- Le renforcement de la cybersécurité, face à une surface d’attaque redessinée par le modèle hybride multi-cloud et l’accès distant aux systèmes.
- L’automatisation des processus d’affaires et d’exploitation, condition de passage à l’échelle d’un environnement aussi complexe.
- La formation, le conseil et la gouvernance, avec un premier jalon concret : l’appel d’offres « Professional Services Public Cloud » d’avril 2026, dont deux des huit lots portent spécifiquement sur des prestations de conseil en stratégie cloud et en adoption du cloud pour l’ensemble de l’administration fédérale.
Cantons et communes : un accès désormais mieux encadré
La loi finalement adoptée en décembre 2024 a resserré les conditions d’accès du Swiss Government Cloud pour les cantons, villes et communes : ces collectivités pourront bénéficier des services du programme, mais à des tarifs couvrant les coûts, sans disposer d’un droit d’accès général comme cela avait été initialement envisagé. Aucune prestation ne sera par ailleurs fournie au secteur privé par le biais du Swiss Government Cloud.
Cette précision juridique change la nature de l’opportunité pour les collectivités locales : il ne s’agit plus d’un accès de principe, mais d’une option à négocier, dont les modalités concrètes (tarification, priorisation, délais) restent encore à préciser à mesure que les appels d’offres du SGC avanceront. Les cantons et communes intéressés ont donc tout intérêt à suivre de près l’issue des marchés publics 2026 avant d’engager leur propre feuille de route.
Anticiper la transition dans un contexte incertain
Le décalage entre le calendrier initial et la réalité opérationnelle du Swiss Government Cloud ne doit pas être lu comme un échec du programme, mais comme le signe d’un chantier dont la complexité politique, juridique et technique s’est révélée progressivement. Pour les organisations fédérales comme pour les collectivités susceptibles d’en bénéficier, cette période intermédiaire est précisément le moment d’anticiper : clarifier ses propres besoins, évaluer sa maturité cloud, et suivre attentivement l’issue des appels d’offres à venir plutôt que d’attendre leur clôture pour s’y intéresser.
Chez Team Partners, nos experts et expertes accompagnent depuis de nombreuses années des organisations publiques et privées dans leur transformation numérique. Nous mettons cette expertise au service des acteurs suisses qui souhaitent aborder la transition vers le Swiss Government Cloud avec méthode et anticipation.
Ce qu’il faut retenir
Un an après son lancement, le Swiss Government Cloud reste un programme structurant pour l’avenir numérique de l’administration fédérale suisse, mais il traverse une phase charnière. Le premier audit du Contrôle fédéral des finances a mis en lumière un point crucial encore non résolu : la démonstration de la rentabilité économique du programme, attendue pour 2026. Parallèlement, le débat sur le niveau de souveraineté réellement atteignable au niveau III du Swiss Government Cloud s’intensifie, sur fond de tensions géopolitiques croissantes.
Pour les organisations concernées, fédérales comme cantonales, l’enjeu n’est plus seulement de comprendre ce qu’est le Swiss Government Cloud, mais de suivre de près la manière dont ces tensions se résoudront dans les prochains mois, tant elles conditionneront directement la faisabilité et le calendrier réel de la migration.
Questions fréquentes
Que révèle l’audit du Contrôle fédéral des finances publié en décembre 2025 ?
Le CDF pointe trois constats principaux : la rentabilité économique globale du programme pour la Confédération n’est pas encore démontrée, un calcul étant prévu pour 2026 seulement ; les risques de retard dans les acquisitions et la migration doivent être gérés avec rigueur ; et les exigences actuelles ne prennent pas suffisamment en compte les risques de continuité des services cloud dans le contexte géopolitique actuel.
Pourquoi la souveraineté numérique fait-elle débat dans le projet Swiss Government Cloud ?
Parce qu’un compromis difficile s’est installé entre efficacité économique et indépendance politique. Sur le strict plan des coûts, il serait plus avantageux pour la Confédération de recourir davantage aux grands fournisseurs cloud américains, alors même que le mandat parlementaire exige que le nuage privé de la Confédération reste l’ossature du Swiss Government Cloud, sans dépendance majoritaire envers un hyperscaler étranger. Les modalités concrètes de cette autonomie restent encore à préciser dans les futurs appels d’offres.
Qu’est-ce que l’appel d’offres « Professional Services Public Cloud » lancé en avril 2026 ?
Il s’agit d’un marché public distinct, lancé par l’OFIT en avril 2026 pour un montant plafonné à 130 millions de francs, réparti en huit lots. Il vise à mobiliser plusieurs prestataires IT pour du conseil en stratégie cloud et un support technique spécifique aux cinq fournisseurs retenus dans le cadre des accords « Public Clouds Bund ». Ces prestations pourront également accompagner les futures migrations d’applications vers le Swiss Government Cloud, bien que l’appel d’offres portant spécifiquement sur les prestations cloud du Swiss Government Cloud doive intervenir séparément, à une date ultérieure.
Les cantons et communes ont-ils toujours accès au Swiss Government Cloud ?
Oui, mais dans un cadre plus restreint que ce qui avait été initialement envisagé. La loi adoptée en décembre 2024 prévoit que les cantons, villes et communes pourront accéder aux services du Swiss Government Cloud à des tarifs couvrant les coûts, sans toutefois disposer d’un droit d’accès de principe. Les modalités concrètes de cet accès restent à préciser à mesure que les appels d’offres du programme avanceront en 2026.

